Je sais, ce test arrive avec plusieurs mois de retard, le jeu étant sorti le 2 octobre 2025. Mais le site nowgame.fr vient d'ouvrir ses portes et il m'était impossible de ne pas revenir sur ce colosse de la PS5. Sucker Punch revient cinq ans après Tsushima avec Ghost of Yōtei. Le studio prend le parti de rester fidèle à son modèle, en refaisant la même chose mais en mieux. Et ça marche. On retrouve tous les éléments qui ont fait le succès du premier, sublimés, mais cela suffit-il à masquer un manque flagrant de prise de risque ?
L'histoire nous plonge en 1603, dans les terres sauvages d'Ezo (Hokkaido), autour du majestueux Mont Yōtei. On y incarne Atsu, une enfant laissée pour morte après le massacre de sa famille par les "Six de Yōtei". Seize ans plus tard, elle devient l'Onryō, un esprit vengeur. Le scénario de vengeance est classique, très inspiré du cinéma de Kurosawa, mais la structure de la traque des Six apporte une fraîcheur bienvenue. Le contexte historique, avec la friction entre le Shogunat et les populations indigènes Ainus, est fascinant et bien retranscrit.
UNE CLAQUE VISUELLE, UNE FORMULE ÉPROUVÉE
Soyons clairs : artistiquement et techniquement, Ghost of Yōtei est une merveille. Sucker Punch maîtrise son sujet sur le bout des doigts. Les paysages japonais, les cerisiers en fleurs, la lumière rasante du soleil sur les plaines d'herbes hautes... tout est à couper le souffle. Sur PS5, c'est un sans-faute, fluide et magnifique. L'exploration reste naturelle, guidée par le vent et les animaux, loin des interfaces chargées.
Mais c'est là que le bât blesse. Si vous avez joué à Ghost of Tsushima, vous êtes en terrain (très) connu. C'est peut-être la plus grande faille du jeu : son côté itératif. On retrouve les mêmes activités secondaires, à peine travesties. Les sources chaudes ont les mêmes animations, la coupe de bambou est identique... C'est une copie parfaite, polie à l'extrême, mais qui manque cruellement de surprises structurelles.
Heureusement, les combats sauvent la mise et procurent un sentiment de puissance grisant. L'arsenal d'Atsu est plus varié : double katana, lance, kusarigama, et même des armes à feu primitives qui changent la donne. Le système de postures "pierre-papier-ciseaux" est toujours là, mais les affrontements sont plus viscéraux, plus violents. La vraie nouveauté, c'est la relation avec la louve, une partenaire sauvage et indomptable qui apporte une dimension tactique et émotionnelle très réussie.
J'ai passé plus de 50 heures à retourner Ezo. Le jeu est généreux, l'ambiance sonore est magistrale et la mise en scène des duels reste un modèle du genre. On ne réinvente pas la roue, mais elle roule parfaitement. Ghost of Yōtei est un canevas parfait pour une fable poignante, mais il faut accepter de revivre une expérience très similaire à celle de Jin Sakai.
MON VERDICT
Peut-on se plaindre qu’un jeu soit itératif quand il sublime l’excellence de l’original ? Ghost of Yōtei est une expérience mémorable, une épopée violente et viscérale dans un Japon féodal à la beauté stupéfiante. Atsu est une héroïne marquante et le gameplay, bien que prévisible, est jouissif. C'est un immanquable de la PS5, quasi parfait dans son exécution, mais qui laissera un goût de "trop peu de nouveautés" à ceux qui ont poncé le premier opus.